A la longue, et le récit en paraissant devoir renaître sans cesse de ses cendres:
—Pardon, lui dis-je, si je vous coupe, comme disait Samson au poète André de Chénier, mais il me semble que tout cela, pour si flatteur qu'il vous paraisse et qu'il vous soit, n'a rapport que d'assez loin à cette espèce de passion canaille dénommée béguin, dont vous vous êtes longuement entretenus et que pour ma part...
—Là, là, dit Cintra, reposez-vous.
—Tenez, je puis vous fournir un exemple plus authentique, de béguin; et ce n'est pas à l'orateur, cette fois-ci, que c'est arrivé, mais à un Belge du Congo, que vous avez peut-être rencontré à Léopoldville, ou au Bois—qu'on appelait: Romuald... Romuald A'Benissen van Thulda.
Les deux hommes hochent la tête.
—Ah! on l'appelait comme ça, fait Cintra. Et est-ce qu'il venait?
—Parfaitement. Donc, il avait cueilli, dans je ne sais quel Moulin, une fille quelconque, assez jolie, qui s'obstina longtemps à le prendre pour un marchand de savon, et qui en était folle. A ce point qu'un beau jour, munie d'une de ses cartes de visite, elle alla se faire tatouer au blanc de la cuisse ces paroles mémorables, que timbre un coeur transpercé d'un couteau: «J'aime (j'aimerai toujours) Romuald A'Benissen van Thulda, représentant de l'État libre du Congo, 279, rue de Villersexel»...
—... Ci-devant rue de Mailly, continua le vieillard: il y avait là jadis un parc délicieux.
—... Mais mon Belge, excédé d'avoir ce témoignage sans cesse devant les yeux...
—Oh! sans cesse...