Nane ayant, à son ordinaire, laissé la porte ouverte, et la causerie des deux soeurs bientôt monté de ton, je distingue tout ce qui se dit, à travers la portière.

—Je t'ai déjà écrit, fait Nane, que je ne pouvais rien faire. Je n'ai pas le sou et maman me coûte déjà assez cher comme ça.

—Ecoute-moi, Anaïs, je ne t'ai pas tout dit dans ma lettre; j'ai deux des enfants malades, l'un à la maison qui me mange de médicaments; et l'autre, c'est le dernier, mon petit Alfred. La nourrice m'écrit que je suis trop en retard, et que, si je ne lui envoie pas d'argent, elle va me le rapporter, en pleine rougeole: il mourrait sur la route.

—Tu comprends bien, que tout ça c'est du battage, une nourrice aime trop son nourrisson, en général, pour le faire mourir. Tout le monde sait ça. Et puis, tes enfants, après tout... tu n'as même pas voulu que je sois marraine.

—Mais, Anaïs, je t'ai expliqué..., ma belle-mère... mon mari...

—Ah! et qu'est-ce qu'y devient, ton mari, l'homme fort, le père de tes enfants? Sais-tu une chose: tu devrais me l'envoyer; nous arrangerions peut-être quelque chose ensemble. Je devine, au timbre de sa voix, que Nane sourit.

—Mais, 'Anaïs, crie encore la malheureuse, tu sais bien qu'il ne voudra jamais. S'il savait seulement que je suis venue, il serait capable de me battre.

—Que je le tienne seulement une heure; j'en ai maté d'autres, va! D'ailleurs, si vous êtes assez riches pour vous payer de la fierté! On reste chez soi, alors. Je ne vous emprunte pas d'argent, moi.

—Et à cette époque où tu étais si en dèche? Est-ce que je ne t'apportais pas un louis, comme tu dis, par semaine? Et Dieu sait si ça m'était commode.

—Je te les ai rendus, pas? Je voudrais bien que tu fasses de même. Sais-tu combien tu me dois? J'ai regardé hier, quand je t'ai écrit: 760 francs. Ça me paraît assez comme ça; vous finiriez par me prendre pour Madame le Bon. De l'argent, de l'argent, c'est facile à dire. Tâche d'en gagner toi-même, que diable. Fais comme moi, travaille!