Parmi les Parisiens de Paris et de sa banlieue,—le reste de la France est la banlieue de Paris comme le reste de l'Europe est la banlieue de la France,—qui ne connaît la fête des Loges, en septembre, près de Saint-Germain?

La fête des Loges est la rivale de celle—non moins populaire—de Saint-Cloud.

Si Saint-Cloud a son parc aux ombrages alignés ainsi que des courtisans sur le passage du maître; s'il a son bassin, ses eaux jaillissantes, son château éventré, calciné par la guerre, dont les murs noircis et branlants jettent sur l'éclat criard des gaietés du présent l'ombre mélancolique des souvenirs du passé et, à travers la prose de nos réjouissances oublieuses, la poésie de la ruine, de la tristesse et de l'abandon,—Saint-Germain possède sa forêt: sa forêt profonde, merveilleuse, enchantée, avec ses grands hêtres, ses chênes énormes, ses bouleaux gigantesques, son tapis de mousse broché de fleurettes, ses fougères sous lesquelles on pourrait danser, quoi qu'en ait dit Alphonse Karr, et ses sentiers perdus sous des voûtes de feuillage dont la verdure, un peu sombre, commence à se plaquer, en automne, de teintes roussâtres et rouillées.

Avec l'admirable terrasse qui y conduit, elle suffirait, cette forêt, à attirer la foule à la fête des Loges, si celle-ci n'avait pas ses cuisines en plein vent.

Tenez, voici les broches, chargées de victuailles, qui tournent devant les foyers improvisés avec des briques et du bois de grume...

Voici les oies, les canards, les poulets, les dindons, les gigots, les filets de bœuf, les fricandeaux hérissés de lard qui se dorent, en virant, à la flamme claire, vivace et sifflante, tandis qu'une sueur de graisse transpire de leurs flancs, qui fume et tombe en gouttes blondes dans la lèche-frite...

Voici les casseroles qui ronronnent sur la braise, les ragoûts qui mijotent au milieu des épices, les goujons qui cabriolent dans la poêle et les pommes de terre—truffes du pauvre—qui pétillent, babillent et frétillent dans le saindoux en ébullition...

Voici les chapelets d'andouilles, les guirlandes de jambonneaux, les astragales et les festons de saucissons; les pyramides de pains de quatre livres; les tables plantées sur l'herbe; le couvert rustique dressé sur les nappes de toile bise et le vin qu'on va tirer à même le tonneau...

Quel spectacle prima jamais celui de ce Cocagne champêtre?...

Et comme Paris-Gamache n'a garde de négliger cette occasion de célébrer ses noces avec dame Nature, de festoyer à ciel ouvert, de s'indigestionner de choses lourdes assaisonnées par le grand air, et de se griser de campagne, de coudées franches et de piqueton!