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C'était ce que venait de faire le couple que nous voyons sortir—un jeune homme et une jeune femme—de l'un de ces restaurants à claire-voie: monsieur, mâchonnant un cure-dent; madame, se léchant les babines.
—Mazette! ai-je bien dîné! murmurait celle-ci. Non, vrai, mieux que chez moi quand je traite! Mieux que chez Bignon ou chez Voisin! Mieux qu'au café Anglais ou à la Maison-d'Or!...
Son compagnon fit la grimace.
—Eh bien! répliqua-t-il, tu n'es pas difficile!... Un poulet maigre comme un petit sujet de l'Opéra...
—Et ce lapin sauté... Avec cette sauce canaille... On mangerait un huissier à cette sauce-là, mon cher!...
—Peuh! une gibelotte qui a miaulé des duos d'amour sur les toits... Et la salade, parlons-en de la salade: huile à quinquet, laitue et poussière panachées!... Si encore on avait servi les chenilles à part! Quant au vin, du Bully de devant les fagots!...
La jeune femme éclata de rire:
—Ne fais donc pas tant ton Lucullus!... Comme si tu avais toujours vécu d'omelettes aux œufs de perroquet arrosées de liqueurs des Iles!... Te rappelles-tu le temps où nous étions si heureux de partager un cornet de frites—avec un verre de coco—sur le boulevard Rochechouart, avant d'entrer secouer nos puces à la Boule-Noire?
Evidemment ces deux causeurs n'appartenaient pas au monde des bourgeois en promenade, des boutiquiers en frairie, des commis en goguette et des ouvriers en riolle, qui abondaient à la fête des Loges.