Un Français y eût regardé à deux fois avant de se prêter à cette tentative d'alcoolisation déguisée en manière de «farce de fumiste».

Une loi, dont les dispositions sont affichées dans tous les débits de boissons, punit chez nous non seulement l'ivresse manifeste, mais encore quiconque a fourni les moyens de la déterminer.

Il est évident, par exemple, que cette loi ne concerne que nos nationaux et que les étrangers ont le droit de s'enivrer jusqu'à rouler sous la table.

Et puis, il s'agissait d'un pari: or, de l'autre côté du détroit, un pari est chose sacrée.

Le sommelier s'inclina profondément:

—Votre Honneur sera content de moi, répondit-il.

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Il y avait sur la table, en dépit de la saison qui interdit l'usage de ces mollusques, pendant les mois sans r, aux palais fins et délicats,—il y avait des montagnes d'huîtres dans des plats de métal blanc, que flanquaient des poivrières à compartiments renfermant quatre espèces de sauces diaboliques à base de kari.

Il y avait un rumpsteack monstre, dont la chair presque crue saignait sous le couteau; un saumon bouilli, lardé de jambon et d'anchois; des tranches d'esturgeon sur un lit de crevettes hachées, et des puddings qui n'attendaient qu'une allumette pour transformer en flammes bleuâtres le rhum dans lequel ils nageaient.

Il y avait des vins de toutes les couleurs: le sauterne qui ressemble à de l'ambre en fusion; le madère, le porto, plus sombres que de l'or bruni; le bourgogne, le bordeaux d'un rouge de pourpre, et l'aï rosé, impatient d'envoyer au plafond son casque d'argent.