Nos deux nouveaux débarqués étaient assis en face l'un de l'autre devant ce plantureux festin.

Profitons du moment où, la bouche pleine, ils n'échangent guère que de fréquentes et fraternelles santés,—profitons, dis-je, de ce moment pour les présenter plus amplement à nos lecteurs.

Sam—ou le captain—était un grand, gros, large et solide gaillard de quarante-cinq à cinquante ans, avec une encolure de taureau, une tête puissante et crépue, des mains énormes et des pieds immenses.

Quoique les tons foncés de ses traits fussent bien plutôt le résultat d'une vie exposée aux soufflets de tous les éléments que la réflexion du sang africain qui circulait sous son épiderme, il était impossible de ne pas reconnaître en lui le type de la race noire, réfractaire à plusieurs générations de croisements.

Ses pommettes saillaient des deux côtés de son nez épaté; ses lèvres se renflaient en bourrelets, découvrant des dents étincelantes et pointues, et c'était une laine blondâtre qui moutonnait sur ses joues et sur son menton, et qui tapissait son crâne d'une sorte de broussaille.

Son œil, en retrait sur un front bombé, dégageait une remarquable dose de sagacité, jointe à une somme presque égale de naïveté enfantine.

Partout où il y a du nègre,—fût-ce à l'état latent et en quantité infinitésimale,—il y a, en effet, du baby.

Son compagnon, l'ami Dick—Dick est en anglais l'abréviation du prénom Richard—ne lui ressemblait guère sous ce rapport.

Il n'avait point l'air naïf.

Dans sa prunelle vert de mer, veinée de noir, il y avait l'audace, la cruauté du fauve en chasse, et la mobilité farouche, fureteuse, du fauve inquiet.