—Maître, prononça-t-il d'un ton et d'une mine pénétrés, je ne suis pas de ceux qui oublient. Disposez de moi sans restriction. Je vous appartiens corps et âme.
VIII
RETOUR A LA RUE D'AMSTERDAM
Le lendemain, les deux voyageurs s'embarquaient sur le Labrador, qui, après une traversée dénuée d'incidents,—mais pendant laquelle Richard Vautier s'était appliqué à devenir plus que jamais indispensable à son compagnon,—les déposait au Havre, son port de destination.
Vous avez assisté à leur arrivée dans la capitale.
Vous les avez suivis, à la descente du train, jusque dans un boxe de taverne, où vous les avez laissés en mesure de procéder à un lunch abondant et copieusement arrosé.
C'est là que nous allons les retrouver, ayant à peu près fini de manger,—mais n'ayant pas fini de boire.
A demi renversé sur sa chaise, sur laquelle il se balançait ainsi que sur un fauteuil à bascule; le nez et les jambes en l'air; les deux pieds appuyés au rebord de la table, ainsi qu'il convient à tout bon Yankee qui digère; lançant au plafond les tourbillons de fumée d'un cigare qui semblait une cheminée d'usine, Sam Murphy mêlait le grave au doux,—sinon le plaisant au sévère,—et passait indifféremment du porto-wine au stout, du soda-water à l'oldbrandy et de notre champagne français au sherry-cobbler national.
En des circonstances ordinaires, notre Américain pouvait boire jusqu'à en crever,—mais non point jusqu'à perdre la raison.
En cette nuit, par exemple, il n'en était pas de même:
On étouffe, chez nous, dans nos wagons fermés...