La fatigue du trajet accompli dans de telles conditions; la satisfaction de se sentir arrivé; l'atmosphère alourdie par l'orage qui grondait au dehors; le manque d'espace du boxe; le calorique du gaz restreignant l'oxigène,—tout cela déterminait, chez le captain, à défaut d'une ivresse réelle, une surexcitation visible qui allait sans cesse augmentant.

Sa face, cardinalisée par la flamme des divers breuvages entonnés, rougeoyait à l'égal d'un coucher de soleil de Ziem ou de Marilhat. Son œil papillotait. Sa langue avait besoin de s'humecter souvent pour tourner sans difficulté dans sa bouche pâteuse et contre son palais en feu.

—Vive la France! répétait-il en décoiffant une quatrième fiole de cliquot grand-mousseux: vive la France, mon camarade!...

C'est le paradis sur la terre,—la patrie des gais compagnons, des vins de prix et des jolies femmes,—le cabaret de l'univers!...

Mais c'est, surtout et avant tout, la contrée bénie,—exempte de préjugés,—où l'on a davantage souci de ce qui tinte dans votre poche que de ce qui coule dans vos veines, et où la rosée de dollars, qui glisse entre vos doigts faciles, n'a pour celui qui la reçoit ni opinion, ni caste, ni couleur, ni odeur...

Je porte un toast en son honneur avec le premier de ses produits...

A la France!... Hurrah!... Buvons!

—Morbleu! pensait son vis-à-vis, le voilà qui devient lyrique. C'est signe qu'il se grise. A merveille!

Puis, tout haut et faisant raison:

—A la France et à l'Amérique! Ce sont deux grandes nations. Elles sont dignes de se comprendre, de s'estimer et de s'aimer!