Dès l'abord, le couple quêteur s'arrêta devant Marignan.

La fillette lui présenta, en s'efforçant de sourire, le gobelet d'étain qui lui servait à recueillir les offrandes, tandis que l'ancien second prix du Conservatoire déclamait, à grand renfort de pantalonnades, la rengaine sempiternelle:

—Ceci est pour avoir l'honneur d'informer la société que, cette demoiselle et moi, nous nous passons au cou, la semaine prochaine, le nœud coulant de l'hyménée. Elle n'a rien de rien et je n'ai pas le sou. Ainsi, du courage à la poche! Fournissez-nous le moyen de nous mettre en ménage et d'avoir de nombreux enfants. On reçoit les billets de banque, les napoléons et les pièces de cent sous. Ceux qui donneront le plus seront mariés dans l'année, et, s'ils le sont déjà,—mariés,—le bon Dieu leur fera la grâce d'hériter de leur belle-mère...

Le cavalier de la comédienne jeta une pièce blanche dans le gobelet.

Puis, comme la quêteuse s'inclinait pour le remercier, il effleura de l'index la rose qu'elle avait placée dans ses cheveux:

—Ma charmante, dit-il, un louis pour cette fleur!

Mademoiselle Fine-Lame se redressa vivement:

—Monsieur, répondit-elle, cette fleur n'est pas à vendre.

Marignan allongea gaillardement la main:

—Alors, fit-il, elle est à prendre.