—Je n'ignore pas, interrompit-elle amèrement, que toute peine mérite salaire, et celle que vous avez prise de porter en moi la conviction de mon malheur est telle, que je n'ai point l'intention de vous refuser le vôtre; mais c'est vraiment le réclamer trop tôt et avec une insistance qui a droit de m'offenser...

Hélas! j'ai peur de deviner quels sentiments vous ont animé dans tout ceci...

Quoi qu'il en soit, je vous écouterai plus tard, si vous y tenez absolument; je vous écouterai devant sir Murphy, mon oncle et tuteur, qui saura demain, de ma bouche, tout ce qui s'est passé ce soir...

Pour l'instant, ma volonté est de sortir d'ici libre et seule, comme j'y suis entrée...

J'ose croire que vous ne tenterez pas de me retenir.

Dans ce cas, je vous en préviens, je n'hésiterais pas à appeler; on viendrait, et, parmi les gens de plaisir qui fréquentent cet endroit public, il se trouverait bien un homme de cœur pour me protéger et me défendre.

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En donnant à Marignan et à Sergine les instructions nécessaires pour jouer leur double et coupable comédie, Me Bouginier leur avait adressé cette recommandation:

—Surtout, pas de bruit, de tumulte, d'intervention étrangère. Que la chose s'arrange en famille. Evitez avec soin tout ce qui serait de nature à mettre les parties en présence; car, alors, elles s'expliqueraient, et, ma foi, va te faire lanlaire!...

Devant la menace de la jeune fille, Marignan songea: