—Venez le soir, avant de partir, en vous rendant à la gare.
—C'est convenu. Nous prendrons probablement l'express pour Marseille à minuit. Donc, entre dix et onze heures, nous serons chez vous.
L'ex-officier ministériel se leva.
—Actuellement, fit-il, il ne me reste plus qu'à souhaiter que le coup de théâtre de demain réussisse au gré de vos vœux...
Il se dirigeait vers la porte du cabinet; le gentleman le retint du geste:
—Un mot encore, êtes-vous certain que les marionnettes dont vous manœuvrez les ficelles se maintiendront, dans ce coup de théâtre, à la hauteur du rôle que vous leur avez confié?
Me Bouginier se rengorgea:
—N'ayez nulle inquiétude. Lorsque j'entreprends une affaire, je ne néglige aucun des détails susceptibles d'en assurer le succès. Je stylerai derechef, ce soir, ce gredin de Marignan et Sergine Gravier. On jurerait vraiment que celle-ci s'est embéguinée pour tout de bon de notre jouvenceau. Quant à celui-là, dans la persuasion que c'est pour lui-même qu'il travaille, il ne demande qu'à embrocher son rival,—et il l'embrochera, Dieu me damne! comme une mauviette ou un poulet, sans lui laisser le temps de crier Aïe!...
—J'en serai marri pour ce jeune homme... Mais à chacun sa destinée... Les morts seuls ne reviennent pas...