«Et tenez, me dit-il, voici probablement les deux commissionnaires qui doivent l'emporter, cette malle; car ils descendent de chez mon locataire, lequel vient de rentrer et m'avait chargé, ce matin, en s'en allant, de les prier d'attendre, s'ils se présentaient avant qu'il ne fût de retour.»

Je me retourne machinalement...

Et qu'est-ce que je vois passer rapidement devant la loge?...

Le Bijou-des-Dames et le Rouquin!

Vous ne les connaissez pas, vous, brigadier. Deux nouveaux, deux conscrits, deux débutants. En somme, une paire de chenapans pleins de dispositions pour le bagne...

Incontinent, je tire ma révérence à mon recarreleur d'habits et me voilà sur le trottoir à marcher dans les semelles de mes individus en tâchant d'attraper au vol des bribes de leur conversation...

On ne m'a pas trompé. Ils causent d'une malle. Ils en causent d'une façon qui ne me paraît pas catholique. Décidément il y a quelque chose là-dessous,—en attendant qu'il y ait quelque chose là-dedans...

Ils entrent chez un mastroquet de la rue Pagevin...

Un instant, je vais pour les suivre. Mais minute, bonhomme! Ils ont encore tout leur sang-froid. Ils pourraient m'éventer et se cavaler ou se taire. Tout à l'heure, quand ils seront émêchés, on verra...

Je me plante donc en faction devant la porte du mannezingue, et, tout en allant et venant, de gauche à droite, et réciproquement, comme un battant de cloche, je glisse un œil américain par une fente des rideaux qui doublent les glaces de la devanture...