Mes deux gaillards sont là, debout, près du comptoir. Ils étouffent un perroquet (boivent un verre d'absinthe) sur le zinc. Leur casquette descend en pente du sommet de l'occiput jusqu'aux sourcils, et se rive sur le front, couvrant de l'ombre de sa visière toute la partie supérieure du faciès...

Evidemment ils se défient...

Ils se défient de tout le monde et d'eux-mêmes. D'eux-mêmes surtout. A preuve, la gomme qu'ils ont mêlée à leur extrait de vert-de-gris...

Allons, j'ai agi sagement de ne pas pénétrer à leur suite...

Au bout de dix minutes, il sortent. Ils sont calmes. La casquette est toujours d'aplomb...

Ah! la casquette, patron, consultez la casquette! Moi, je l'ai étudiée avec fruit. C'est le thermomètre du pochard...

J'emboîte derechef mes lapins. Ils tournent dans la rue Montmartre, ensuite dans la rue d'Aboukir. Ils se hâtent et n'échangent que de rares paroles. Le perroquet ne gazouille pas encore. Il est certain qu'ils ont quelque chose sur la conscience...

Quelque chose à venir, s'entend...

Un projet arrêté qu'ils ont peur de laisser échapper en parlant et qu'ils craignent que les passants ne déchiffrent sur leur visage. De là, la casquette rabattue. Ah! s'ils pouvaient se l'enfoncer jusqu'au menton!...

Voici un nouveau caboulot au coin de la place du Caire...