XVI
SÉPARATION
A quelques jours de là, quatre personnes se trouvaient réunies au château de Saint-Pons, dans le cabinet du marquis.
C'était, d'abord, ce dernier,—un vieillard droit et vert, malgré la soixantaine de plusieurs années dépassée.
C'était ensuite Me Agénor Grandurand, l'avoué à la mode du high-life parisien,—l'avoué contemporain et «boulevardier» qui n'a plus rien du procureur du temps jadis ni du chicanous de province, et qui, avec son habit noir coupé par Dusautoy, sa cravate blanche, nouée au goût d'un Brummel ou d'un d'Orsay, son gilet et sa bouche en cœur, son monocle incrusté sous l'arcade sourcilière, sa boutonnière fleurie d'un camélia ou d'un gardénia,—papillonnant, cotillonnant, calamistré, adonisé,—ressemble bien plutôt à l'un des princes du pschutt et du vlan, courant à une première représentation de Théo aux Bouffes ou de Judic aux Variétés, qu'à un grave membre de la basoche «ayant l'oreille» de la cour.
C'étaient enfin notre héroïne et Jacques Périn,—celui-ci violemment surpris et intrigué,—celle-là agitée d'angoisses mortelles.
Un domestique était venu les inviter à se rendre sur-le-champ au château, où son maître les attendait en compagnie d'un «monsieur» arrivé, le matin, de Paris,—et tous deux s'étaient empressés d'obéir, en se demandant quels pouvaient être cet étranger et le but de cette convocation.
Florette, surtout, était en proie à un trouble, à une émotion qu'elle réussissait à peine à cacher.
Si le père de Roger avait appris ce qui existait entre elle et son fils?
S'il la faisait appeler pour la foudroyer de ses reproches, pour l'accabler de sa colère? Et en présence de Jacques encore! A cette idée, sous cette menace, la pauvre enfant se sentait prête à défaillir...