Notre héroïne reculait, en effet...
Elle reculait, car ses instincts de femme reprenaient le dessus et sa faiblesse, si évidente en face de cet emportement et de cette vigueur, lui montrait, sans doute, la victoire impossible...
Mais, pendant des années entières, pendant tout le début de sa vie, la moitié des heures de ses journées avait été consacrée à l'escrime: chaque matin, chaque midi, chaque soir, elle avait tourmenté le fleuret jusqu'à ce que son souffle haletant et ses muscles épuisés trahissent sa passion et ses forces; elle s'était fait une habitude de jouer avec l'arme trop lourde pour la délicatesse de son bras...
Tout son corps, pour employer l'expression technique du sport, était entraîné, c'est-à-dire rendu au plus haut degré d'aptitude...
Elle tirait sans y penser, comme on marche ou comme on respire; les parades lui venaient naturellement comme les mots du langage au causeur; toute cette gymnastique véhémente de l'épée était littéralement sa manière d'être accoutumée, son exercice incessant, son pain quotidien, son métier...
Elle résistait donc, tout en reculant...
Elle parait sans fatigue, cassant l'ardeur sanglante de l'attaque...
Mais elle parait sans riposter...
Elle était pâle, maintenant, et des tressaillements contractaient les lignes fières de sa bouche...