Comme ils tournaient le coin de la rue, un troisième personnage, qui, dès avant l'arrivée de la première voiture, s'était dissimulé dans un angle formé par le bâtiment des communs, et qui était demeuré là, pendant tout ce qui précède, comme incrusté dans la muraille,—se détacha de celle-ci en murmurant:

—Allume! allume! Censément qu'il y a du micmac équivoque et indescriptible. Ces deux pékins en sont, pour sûr. Donc, emboîtons-leur les talons, acropédestrement parlant.

Sous sa blouse et sous sa casquette, ce personnage avait la mine d'un ouvrier qui a servi; il portait, en effet, une moustache et une mouche d'une dimension respectable et tirait la jambe avec ce mouvement de hanche et ce coup de jarret dont le battement, contre le mollet, du fourreau de la «latte» ou du «bancal» fait contracter l'habitude aux cavaliers.

En quelques enjambées, il eut rejoint les deux causeurs.

Ceux-ci, remontant la partie de l'avenue réservée aux piétons, longeaient la gare du chemin de fer de ceinture qui flanque la grille du Bois.

Ils franchirent cette grille, obliquèrent à droite et s'engagèrent dans l'allée qui mène à la porte Maillot.

Notre ouvrier voyageait à leur hauteur, sans paraître les remarquer.

Il avait mis sa casquette sur l'oreille, se dandinait les mains dans les poches, à l'instar d'un prolétaire un peu parti, et fredonnait ce refrain de caserne, évidemment importé d'Afrique:

Quand un turco
S'en va voir sa maîtresse,
Il la caresse
A coup d'tricot,
Ainsi qu'un bourricot...