VI
LE PAVILLON D'ARMENONVILLE
Le pavillon d'Armenonville s'élève dans la partie du bois de Boulogne qui confine à la porte Maillot.
C'est un cabaret à la mode dans le goût de ce qu'était le Moulin-Rouge aux Champs-Elysées.
Ses charmilles, épaissies avec art, entourent de véritables paravents de verdure ses tables dressées pour les petits soupers fins et dispendieux,—et ses cabinets sont cités pour la quantité de noms de célébrités du demi-monde tracés au diamant sur leurs glaces et pour le moelleux de leurs sophas, qui ne le cèdent en rien à celui de M. de Crébillon fils.
Il a même, en manière d'antichambre à ses salons du rez-de-chaussée, une sorte de lac-cuvette sur lequel une barque semble attendre les pèlerins et les pèlerines d'un nouveau voyage à Cythère. Mais l'eau du lac se moire de moisissures, et le fond de la barque s'embourbe dans les herbes; car, en s'échappant des bosquets, des retraits dont nous venons de parler, pèlerines et pèlerins préfèrent les coussins d'un huit-ressorts ou l'abri discret d'un coupé.
Lorsque la voiture de mademoiselle Fine-Lame s'arrêta devant l'établissement, le «chasseur» de celui-ci, qui paraissait guetter l'arrivée du véhicule, se précipita à la portière de ce dernier et s'empressa de questionner:
—Est-ce que madame demande quelqu'un?
—M. Marignan, répondit notre héroïne d'une voix qui avait peine à sortir de ses lèvres.
Le domestique se découvrit:
—Madame veut-elle prendre la peine de me suivre? Je vais avoir l'honneur de servir de guide à madame. M. Marignan attend madame sous les charmilles, ici, à gauche.