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Florence n'avait point quitté la place. Elle était à demi-nue; le froid du caveau lui perçait les os; elle souffrait horriblement. Mais elle voulait voir et entendre. Elle s'était collée au battant de la porte. Celle-ci était épaisse, c'est vrai. Mais nous savons que ceux qui conversaient derrière ne se gênaient nullement pour parler haut et franc. Ils croyaient la fillette endormie dans son lit. Et puis, le secret de leur retrait souterrain n'était connu de personne. Qui donc eût pu les épier, les écouter et les surprendre?...
Aux derniers mots prononcés par sa sœur, la Benjamine s'arracha à son poste d'observation. Elle fit quelques pas en chancelant et s'appuya à la muraille. Ses lèvres murmurèrent une prière muette. Cette prière lui rendit la force et le courage. Une résolution virile s'alluma dans ses yeux. Elle regagna à reculons le couloir par où elle était venue, traversa de nouveau la cuisine solitaire et se retrouva dans la Salle des Voyageurs...
Un escalier montait de cette salle au premier étage de l'hôtellerie et aboutissait à un corridor sur lequel ouvraient les six chambres qui composaient la partie du Coq-en-Pâte réservée à ses visiteurs. La chambre numéro 1 formait l'une des extrémités de ce corridor; la chambre numéro 6 le terminait à l'autre. La première avait vue sur la cour; la fenêtre de la seconde sur le jardin...
Florence vint frapper doucement à la porte du numéro 1.
X
LA CHAMBRE NUMÉRO 1
C'était une chambre plus longue que large,—d'une propreté minutieuse,—avec une croisée faisant face à la porte, une vaste armoire de chêne adossée à la muraille et un lit au-dessus duquel un ciel de serge verte découpait les dents de ses festons.
Ce lit paraissait excellent. Haut sur pieds, gréé d'un véritable luxe de matelas et recouvert d'une courtepointe à ramages, il se reliait à son ciel par quatre colonnes années. Le reste de l'ameublement se composait de deux chaises de paille, d'un vieux fauteuil en velours d'Utrecht et d'une petite table, drapée d'un napperon, qui supportait une cuvette, un pot à eau et une couple de serviettes.
Une fois seul dans ce retrait, Gaston des Armoises avait commencé par laisser s'écouler le temps nécessaire à une personne pour se coucher, après avoir vaqué à sa toilette de nuit. Puis, il avait soufflé sa bougie. Puis encore, il s'était jeté dans le fauteuil,—il s'était recueilli,—il avait attendu.....
Attendu quoi? La solution du problème. Car il y avait problème, et les suppositions les plus contradictoires se succédaient, à ce sujet, dans l'esprit du gentilhomme...