Et, en vérité, si un ange avait eu le pouvoir de mettre sa pureté comme un manteau sur la faute d'autrui, la fillette eût racheté les crimes de sa famille.

Hélas! une nuit, le hasard lui avait révélé l'effroyable secret. Ceux auxquels l'attachaient les liens les plus sacrés, à qui elle devait le respect, l'obéissance et la tendresse,—ceux-là étaient des assassins,—cyniques, endurcis, féroces!

Cette affreuse découverte accabla Florence. Sa mélancolie douce, qui n'avait derrière elle ni crainte, ni remords, devint morne et comme égarée. Mais sa prière se fit plus humble et plus ardente: n'avait-elle pas à demander à Dieu,—à deux genoux,—de détourner sa colère de la tête des misérables égorgeurs du Coq-en-Pâte?

Ceux-ci, tout entiers à leurs sinistres agissements, ne s'étaient point aperçus de ce changement chez leur sœur. Denise Hattier non plus. Ceux qui souffrent sont presque aveugles: leurs propres peines les absorbent.

Ces peines, dans un moment d'expansion, la fille du garde les avait confiées à son ancienne élève, maintenant son amie...

Florence connaissait le secret de Denise...

Mais Denise ignorait celui de la Benjamine.

XIII
FLORENCE ET DENISE

Rentrons au pavillon du garde.

Denise Hattier avait cessé de travailler. Machinalement, sa main s'était étendue vers les deux lettres dont nous avons parlé tout à l'heure. Son œil interrogea alternativement la date de l'une et de l'autre. Puis elle murmura: