—Je vous le répète, attendons. L'automne consomme beaucoup de jeune filles. Attendons l'automne et le hasard. Ce qui me taquine, pour le moment, ce n'est pas Florence, ni l'enfant du colporteur: c'est...

—C'est?... interrogea-t-on avec curiosité.

—C'est le retour de Philippe Hattier.

L'aîné des Arnould regarda sournoisement ses deux cadets:

—D'abord, j'imagine que sa présence va furieusement vous gêner dans vos projets sur la Denise. Moi, elle ne m'offusque en rien. Mes intentions sont pures. Qu'est-ce que je rêve, en effet? Une jolie ménagère pour me bourrer ma pipe et recevoir, le dimanche, l'étrenne de ma barbe...

—Tu ne la tiens pas, encore! grommela François.

—Oui, qui vivra verra, ajouta Sébastien.

—C'est tout vu, répliqua Joseph paisiblement. Vous êtes deux garçons d'esprit. J'ai confiance que nous nous entendrons plus tard... Pour l'instant, allons au plus pressé... L'heure brûle: Philippe Hattier n'est pas revenu dans le pays pour des prunes... A l'hôtel de la Poste, à Charmes,—où je les écoutais en feignant de sommeiller, sur le banc, au-dessous de la fenêtre,—le lieutenant a renoué connaissance avec le ci-devant marquis, et ils ont dévidé ensemble un peloton de protestations d'amitié long comme du château au pavillon du garde... Les Hattier ont été, de tout temps, dévoués à leurs maîtres... Le fils de l'ex-chamboran voudra savoir ce qu'est devenu celui de ses anciens seigneurs,—et, une fois sur la piste, gare! Il marchera droit son chemin comme le sanglier dans le fourré. S'il fonce sur nous, prenons garde!...

—Il suffit d'un coup de fusil pour abattre le sanglier, murmura Agnès Chassard.

—J'y avais pensé, la maman. Mais une arme à feu fait du bruit. Et puis, j'ai besoin du gendarme,—ne fût-ce que pour lui demander sa sœur en mariage...