—Mon frère, oh! mon frère, interrogea Denise avec un accent déchirant, ne serai-je donc jamais pardonnée!...
Il se fit un troisième silence,—un de ces silences où la vie est décuplée pour la douleur comme pour la joie...
Puis d'une voix étranglée et à peine distincte:
—Relève-toi, réitéra Philippe. Relève-toi. Tes sanglots me font mal.
Elle obéit, haletante. Il la fit asseoir d'un geste calme et doux. Ensuite, avec une grandeur paternelle:
—Aussi bien, je vous aime trop pour avoir la force de punir. Mais pour pardonner, j'ai besoin de connaître ce qui plaide en votre faveur. J'ai ici l'aveu du coupable: je veux avoir la confession de sa complice. Parlez. Ce n'est plus un juge qui vous écoute. C'est un frère qui a hâte de savoir quels droits vous restent encore à sa tendresse et à l'estime des honnêtes gens.
Denise commença, sans rien omettre et sans rien déguiser, le récit de cet éternel roman de la jeunesse et de l'amour dont la conclusion est toujours la même. Elle peignit en traits simples et touchants cette surprise du cœur où l'amour-propre entra peut-être pour quelque chose chez une fille des champs, flattée de voir à ses pieds le fils de ses maîtres, rendu plus intéressant encore par le prestige du malheur et de la persécution. Elle dit tout, jusqu'à la naissance du triste fruit de cet amour si brusquement interrompu par la proscription.
Ici, Philippe Hattier,—qui avait écouté, sans rien manifester des sentiments qu'elle soulevait en lui, cette longue et lamentable histoire,—interrompit vivement sa sœur:
—Et l'enfant? interrogea-t-il...
—L'enfant?...