Aux derniers mots de son aîné, une lueur s'alluma sous ses paupières somnolentes,—une de ces lueurs jaunes et électriques comme en a la prunelle du chat qui aperçoit enfin la souris qu'il guette.

Sans répondre, elle s'éloigna rapidement dans la direction du Coq-en-Pâte. En marchant, elle réfléchissait. Son pas se ralentissait peu à peu:

—Cabri n'a pas eu, ce matin, son picotin, murmura-t-elle.

Et elle pensait que rien ne coûterait à la bête affamée et indisciplinée pour revenir à l'écurie, si, par hasard, la nourriture lui manquait, qu'elle était habituée à recevoir de sa main...

Nous avons indiqué que le Petit-Vair prend la place en écharpe. En traversant le pont qui l'enjambe, Marianne Arnould mesura d'un regard furtif la hauteur de la berge et la profondeur du courant. Puis, elle se dit en doublant le pas:

—Toutes les deux! Allons! C'est le diable qui me les livre!

III
CABRI

Il était approchant midi.

Denise et la Benjamine venaient de partir pour les Armoises, installées sur le siège de derrière d'un léger char-à-bancs dont Marianne occupait le devant, les guides et le fouet au poing, modérant ou activant, selon que le besoin était, l'ardeur à tous crins de Cabri,—le bidet que nous avons vu brûler d'un pas alerte la route de Charmes à Vittel, au commencement de ce récit.

Cheval, véhicule et jeunes filles avaient disparu au tournant de la montée que gravissait, pour sortir du bourg, le chemin du hameau et du château.