Sous la banne du Grand-Vainqueur, les tables étaient encombrées de buveurs.
Ici encore, Philippe Hattier ne cessait de confisquer l'attention à son profit.
Assis au milieu d'un groupe composé des trois frères Arnould, du juge de paix, du notaire, du médecin et de quelques autres notables, il avait entrepris—sur la prière de ces derniers—de raconter cette bataille de Marengo où son général Bonaparte avait achevé de «pulvériser» les habits blancs.
Il en était à énumérer les résultats de la victoire: les quatre mille cinq cents impériaux tués, les six mille prisonniers, les douze drapeaux enlevés, les trente pièces d'artillerie conquises...
Dans la chaleur de son débit et sous l'empire de ce triomphe oratoire, vous auriez juré qu'il avait oublié ceux qui lui tenaient tant au cœur: sa sœur Denise et le marquis Gaston. Il n'en était rien cependant. En effet, quelqu'un ayant demandé:
—Que diable le brigadier Jolibois peut-il avoir de si pressé qui le talonne, pour traverser la place ainsi trottin-trottant?
Le lieutenant interrompit immédiatement sa narration pour se lever et pour héler.
—Holà! hé! camarade, si c'est moi que vous cherchez, par ici! me voilà!
Le gendarme débouchait par la route de Mirecourt et allait prendre celle des Armoises. A l'appel de l'officier, il fit volter sa monture et la dirigea vers le cabaret. Puis, sans quitter la selle et la main au chapeau:
—Superlativement parlant, enchanté de vous rencontrer, mon lieutenant, dans le but officiel, instantané et péremptoire de vous intercaler la missive épistolaire, ci-incluse dans ma botte aux lettres, à votre adresse et sans retard...