—Mon nom?... Tiens, c'est vrai, suis-je bête?... Je ne vous ai pas dit mon nom...

Il souleva son bonnet de police:

—Mon digne père,—que Dieu ait son âme!—s'appelait Marc-Michel Hattier. En son vivant, il portait la casaque verte, le baudrier et la plaque de garde-chasse au domaine des Armoises, dans le district de Mirecourt, un peu au-dessus de Vittel. Moi, je m'appelle Philippe Hattier, pour vous obliger, citoyen, si jamais j'en étais capable.

L'émigré passa sa main sur son front, où perlait une légère sueur. Ensuite, avec l'air, le ton, le geste d'un homme qui prend une résolution suprême:

—Confiance pour confiance, fit-il brièvement. J'avais deviné votre nom. Voici le mien, en échange: je suis Charles-Louis-Gaston, fils et héritier du défunt marquis des Armoises...

Vous auriez juré qu'en prononçant cette phrase le marquis Charles-Louis-Gaston des Armoises allait au-devant d'un danger...

Vous auriez juré qu'il s'attendait à déterminer, chez celui à qui il s'adressait, l'explosion d'un courroux soudain et terrible...

Il n'en fut rien:

La physionomie de son interlocuteur ne dénonça guère qu'une stupéfaction intense,—mais dépourvue de toute apparence d'hostilité.

—Comment! s'exclama Philippe Hattier, vous seriez le fils du ci-devant marquis! L'héritier de ce brave seigneur! Ce petit Charles-Louis-Gaston qu'on faisait élever à Paris tandis que je grandissais à l'ombre du château!...