Il ajouta avec une rondeur brusque et gaie:
—Comme ça, sacrodioux! je ne serai pas obligé de me couper en deux pour me dévouer,—cœur et sang,—à mon sauveur et à mon maître...
Il n'y avait pas à s'y méprendre: la joie de cette simple et franche nature était sans mélange comme sans réserve.
Un soupir de soulagement souleva la poitrine de l'émigré, et cette action de grâces s'étouffa sur ses lèvres:
—Dieu soit loué! Il ne sait rien! J'arriverai à temps!...
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Dans la cuisine, maître Renaudot et Coliche achevaient de vider la fine bouteille qu'ils devaient à la générosité de Philippe Hattier. Les maritornes jacassaient. L'une d'elles, qui, en tournant autour des deux convives, avait ramassé çà et là les bribes de la conversation, confiait ce secret à sa compagne:
—Le maigriot est un marquis. Pourtant c'est lui qui mange le moins. C'est cocasse tout de même, la Micheline: un seigneur, ça devrait avoir plus d'appétit que le pauvre monde, puisque ça possède davantage les moyens de le satisfaire.
La Micheline haussa les épaules, pinça le bec et répondit:
—Une grenouille écorchée, ce marquis! Le militaire, à la bonne heure! Un paroissien qui est bâti comme les tours Saint-Nicolas,—tout pierres de taille et bois de charpente,—et susceptible de flanquer de fameuses raclées à une femme!