Joseph, qui n'eut pas l'air de s'apercevoir de ce colloque, insista:
—Est-ce topé?
Les cadets hésitèrent. Un coup d'œil de Marianne les décida:
—C'est topé, déclarèrent-ils à l'unisson.
Les trois frères se frappèrent dans la main comme des maquignons qui concluent un marché. Puis François hasarda:
—A présent que l'on est d'accord, si l'on buvait un coup, histoire de rire un brin?
Joseph ne releva point la proposition insidieuse.
—J'aurai besoin de vous, ce soir, commanda-t-il du ton d'un général d'armée. François surveillera la route de Neufchâteau et Sébastien celle de Mirecourt. Si l'on remarquait sur l'une ou l'autre un va-et-vient extraordinaire de cavaliers de maréchaussée, on m'avertirait aussitôt. La mère s'établira au chevet de la Benjamine. Marianne ira aux Armoises. Elle s'informera de notre part si la citoyenne Hattier est remise de ses deux assauts de ce matin. Marianne est une fille de ressources. Je ne lui recommande pas d'observer ce qui se passe au pavillon du garde... Vous, mes bibis, en attendant que vous vous mettiez en campagne, allez faire dodo dans le grenier à foin. On vous réveillera quand il sera question de souper. Est-ce entendu?
—C'est entendu.
Les deux cadets se dirigèrent vers la porte de la cuisine qui conduisait à la cour.