A peine âgé de dix-sept ans, voleur à la tire des plus habiles et des plus dangereux, ce Cartouche en herbe s'était fait enfermer correctionnellement jusqu'à sa majorité...

Par malheur, pour lui, il ne se bornait point à barboter dans la fouillouse (fouiller dans les poches) des bourgeois. Non; il dévalisait encore—littéralement—ses camarades, escamotant à celui-ci ses nippes, à cet autre son argent, à un troisième sa pipe et son tabac, à tous, leur ration de pain, de vin, de légumes et de viande. Aussi la «chambrée» avait-elle décidé de faire un grand exemple...

Ces sortes d'exécutions, tolérées à cette époque, avaient souvent pour résultat d'envoyer à moitié mort à l'infirmerie celui qui en était l'objet.

Figurez-vous une cinquantaine de gaillards, robustes, cruels et furieux, frappant, à tour de rôle, et à tour de bras aussi, les reins nus du patient de la lourde semelle de leur soulier ferré!...

Le pauvre diable, qu'on allait fustiger ainsi, était un dadais efflanqué qui paraissait n'avoir que le souffle...

Pascal Grison en eut pitié. Il s'adressa au directeur de la prison et le pria d'intervenir. Le fonctionnaire, répondit:

—Mes pensionnaires ont l'habitude de laver leur linge sale en famille. C'est une prérogative dont ils sont jaloux. Si je tentais de soustraire à leur justice le triste hère qui vous intéresse, et qui ne mérite, à mon avis, aucune espèce de commisération, ils seraient capables de l'assommer, pendant que les surveillants auraient le dos tourné. Si la chose vous tient tant à cœur, essayez de leur faire entendre raison. Ces sacripants ont, d'ordinaire, le respect de ceux qui les empoignent. Il se peut que vous obteniez d'eux ce qu'ils me refuseraient certainement.

Pascal Grison n'en voulut pas avoir le démenti. Il harangua la «chambrée» réunie, lui représentant la barbarie du procédé, lui déniant le droit de punir et se portant pour le coupable garant de son profond repentir et de sa vénération future envers la propriété d'autrui.

D'abord on l'accueillit par des sifflets et des huées. Puis on l'écouta, on s'attendrit peu à peu, on se laissa gagner. Le policier avait la parole abondante et entraînante. Les coquins sont de grands enfants. Avant la fin du discours, il n'était plus question de savate. L'auditoire pleurait à chaudes larmes...

L'adolescent, dont il plaidait la cause avec cette chaleur, sanglotait plus fort que tout le monde. A un moment, il s'était précipité aux genoux de «son sauveur,» en prenant le ciel à témoin, de son excellente conduite future et en protestant de ses remords avec des accents si émus que l'orateur s'en était senti remué de fond en comble. Ce dernier allait se retirer, enchanté des effets de son éloquence, quand ayant, par hasard, mis la main dans son gousset pour consulter sa montre, il s'était aperçu que celle-ci avait subitement disparu. Son client la lui avait soulevée en l'accablant des effusions de sa reconnaissance!...