Nonobstant, je ne suis pas un Turc, et il me plaît de vous informer que l'innocent est sain, vif et gai,—pour l'instant. Mais c'est un gars si maigriot, si délicat et si pâlot! De la graine de grand seigneur, quoi! Il faut l'entourer de tant de soins, de ménagements et de prévenances! Son existence a tellement l'air de ne tenir qu'à un souffle! Et puis, les enfants, c'est sujet à des maladies si subites! C'est si variable et si casuel! Un jour, ça se porte comme un charme: crac! le lendemain plus personne!

S'il vous advenait, par hasard, de jaser à n'importe qui de ce dont nous venons de causer ce matin; s'il vous advenait de tenter la moindre démarche pour retrouver le petit sans ma permission; s'il vous advenait de tramer quelque complot à mon endroit,—soit seule, soit aidée par votre frère l'officier, soit avec l'assistance de toute autre personne,—je vous répéterais, à mon tour, ces deux mots avec lesquels vous comptiez si bien m'intimider tout à l'heure: «—Prenez garde!...» Votre fils a fait peu de tapage pour entrer dans ce monde... Eh bien! je vous donne ma parole qu'il en ferait encore beaucoup moins pour en sortir.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Denise avait compris. Elle retomba sans force, brisée, à demi morte, sur le banc de gazon qui se trouvait derrière elle:

—Monsieur, balbutia-t-elle, que voulez-vous de moi?

VIII
DEMANDES EN MARIAGE

Quand il vit sous ses pieds la fille du garde-chasse:

—A la bonne heure! reprit Joseph du ton câlin dont on se sert pour flatter un enfant rétif qui vient de se soumettre enfin, à la bonne heure, chère demoiselle! Vous voilà sage comme une image. Gageons que cette conversation, qui avait commencé comme de chien à loup, va finir entre une paire d'amis...

Denise réitéra sa question:

—Monsieur, que voulez-vous de moi?