La jeune femme était belle, à cette heure, à la façon de ces types divins qui se perdent et planent au-dessus des nuages et que nous adorons de trop bas. Ses prunelles étincelaient d'une résolution inattendue. Sa bouche fière commandait. Ses cheveux, rejetés en arrière, dégageaient l'ovale pur de son visage, qui s'élargissait au delà des tempes, et donnaient à son front une majestueuse ampleur.

Joseph Arnould ne l'avait point soupçonnée ainsi. Suppliante à ses genoux, elle lui eût produit une impression moins soudaine, moins imprévue et moins puissante.

Le paysan fit un pas vers Denise et un râle sortit de sa gorge:

—Sangdieu! mignonne, vous ne mourrez point! Vous serez à moi! A moi seul!...

A moi seul!...

François, aux écoutes, comprit cette fois. Son mouchoir sortit de sa poche. Ce qui suivit fut rapide comme l'éclair:

Au moment où la jeune femme, effrayée du brusque mouvement de son interlocuteur, cherchait du regard un aide, un défenseur, ce regard tomba, par hasard, sur la feuillée qui formait rideau dans le parc...

Un homme,—celui sans doute qu'elle avait vaguement aperçu quelques instants auparavant et qui s'était si promptement dissimulé sous la ramure,—un homme venait de reparaître à travers les branches écartées. Cet homme tenait un fusil dont il abattit le canon dans la direction du pavillon. C'était évidemment l'aubergiste qu'il visait. Ce dernier, en effet, se présentait—de dos—dans l'embrasure de la croisée...

A cette vue, Denise ne songea plus aux menaces du misérable: son cœur de femme n'eut souci que du péril couru par une créature humaine...

Et, comme il faisait un pas vers elle, ce fut elle-même qui le saisit—avec une vigueur puisée dans le sentiment de la situation—et qui le poussa de côté, en dehors de l'ouverture par où la mort allait sûrement lui arriver...