Une douce étreinte avait scellé ce traité d'alliance offensive,—étreinte au cours de laquelle tout ce que contenaient les poches de l'androgyne était passé—naturellement—dans celles du galant troubadour.

Etant donnés la laideur incontestable de celui-ci et le portrait que nous avons naguère esquissé de la fille aînée d'Agnès Chassard,—ses traits virils, mais réguliers, et ses proportions massives, mais correctes,—il est permis de supposer qu'une fois implantée dans cette capitale qu'elle n'osait aborder sans lui, cette dernière s'empresserait d'offrir une boulette à son caniche conducteur.

Marianne, en effet, voulait bien d'un associé... momentané. Elle ne voulait point d'un maître.

Que le complice qu'elle avait choisi lui fît seulement aborder le Pactole parisien, et elle ne tarderait pas à jeter ce pilote par-dessus le bord pour naviguer en course à travers les écueils, les bas-fonds, les courants qu'elle soupçonnait sans les connaître.

Ce trésor volé à sa mère serait le lest de la grande fille.

Elle s'en servirait pour attaquer, pour combattre et pour vaincre.

XV
LA VEILLE DES NOCES

On était arrivé à la veille des noces de Philippe et de la Benjamine.

La cérémonie devait avoir lieu le lendemain à onze heures du matin à la mairie, et, à midi, à l'église.

Les témoins du futur étaient M. de Bernécourt, venu tout exprès d'Epinal, et le citoyen Thouvenel; ceux de la future, le docteur Huguenin et le notaire Grandidier.