L'androgyne comptait fuir, en compagnie du prétendu Joë Blagg, sans attendre les résultats de l'incendie nécessaire pour faire disparaître—avec celui de la matrone—les cadavres des deux cadets empoisonnés. Elle se chargeait de venir à bout de l'hôtesse. Tout l'argent monnayé caché par cette dernière devait être son lot de butin. De son côté, Joseph se réservait in petto d'empêcher sa sœur de partir avant qu'elle n'eût rendu gorge.

Nous avons vu comment son aventure au pavillon du garde l'avait placé dans l'impossibilité absolue de donner suite à ses projets. Au Coq-en-Pâte, on ignorait encore cette aventure.

Approchant minuit, Marianne avait quitté le bal pour venir heurter à la chambre du soi-disant domestique de mynheer Van Kraëck:

—Etes-vous prêt? avait-elle demandé à voix basse.

La chambre s'était ouverte sur-le-champ:

—Toujours prêt à l'invocation de la beauté, avait répondu Joë Blagg. Débagoulez, mon cœur. Qu'est-ce qu'il y a à brocanter pour votre adorable service?

—Votre homme est-il à son poste,—l'ami de Contrexéville, dont vous m'avez parlé,—avec une voiture?

—Mon ami Pascal Grison?... Un peu qu'il doit y être, à son poste!... Réglé comme un papier de musique!...

La grande fille avait allongé la tête.

—Voici la vieille qui sort du poêle pour se rendre à l'endroit où elle croit que Joseph va venir la retrouver... Ne bougez pas: quand j'aurai fini ma besogne, je vous appellerai pour m'aider à transporter le magot.