Hélène répondait :

— Depuis huit jours? Pas grand'chose… Le pastel que Dormoy faisait de sa mère avait été terminé lundi ; mardi, elle avait été voir Denise ; elle espérait, grâce à l'appui de son oncle très lié avec un directeur de grande compagnie, la faire entrer aux chemins de fer. Et depuis mercredi, elle allait chaque jour prendre des nouvelles de Gabrielle Duval, passer une heure à son chevet.

— Écoutez, ma chérie, dit Minna, une tendresse sincère dans sa voix émue, Dormoy vous fait la cour, n'est-ce pas?

Hélène la questionna de ses beaux yeux, puis, avec un malicieux sourire :

— Admettons! Pourquoi?

— Bon, fit Minna rassurée, je puis parler. Figurez-vous que j'ai reçu une lettre de Mme Sassy. Savez-vous ce qu'est devenu votre soupirant depuis lundi?

— Je ne m'en souciais plus, dit Hélène. Dites toujours.

— Il est allé tout bonnement à Rosay faire sa petite enquête. Il sait sans doute que vous y avez mis de l'argent, beaucoup, et que le placement n'est pas des meilleurs. Sous couleur de paysages il a battu le pays, pris des renseignements. Jeudi Mme Sassy l'a découvert près de la porte de l'hospice d'où il peignait le village et l'église ; il était en train de faire parler une sous-maîtresse. Ce n'est pas tout. Elle a également appris du notaire de Fontevrault, à qui elle confie quelques-uns de ses intérêts, que Dormoy, rencontré au café, l'avait sondé sur la situation financière de la colonie. Je sais de mon côté qu'il a dit à diverses personnes vous trouver charmante. Ne trouvez-vous pas que son admiration jure un peu, ou s'accommode trop, avec tant de sens pratique? Ce galant chevalier, qui déploie d'habitude une si noble insouciance, me semble bien intéressé.

Hélène lui prit les mains.

— Chère Minna, que vous êtes bonne.