— Allons, fit-il, je me sauve. J'ai rendez-vous avec un homme précieux. Mais tu le connais? Pierre Arden…

— Oui, dit Hélène, je l'ai rencontré à Brighton.

— Il est de première force. Notre oncle, qui l'a en grande estime, lui a demandé tous les plans pour la filature que je vais créer là-bas. Il connaît d'ailleurs admirablement ces pays de la Géorgie et du Caucase, où il a construit un chemin de fer magnifique.

— Je sais.

— Adieu cette fois. Embrasse maman.


Hélène, à deux heures, mandée par un petit bleu, passait à l'Avenir. Un bonjour amical à Flénu qui l'introduisait avec empressement. Minna, à la vue d'Hélène, se levait bien vite derrière son bureau encombré de papiers, l'attirait sur le canapé.

— Je suis contente de vous voir.

Elle était dans un de ces mauvais jours où le poids de sa tâche, l'indifférence et la dureté des choses l'accablaient d'une lassitude amère. Ces jours-là, rares à vrai dire, car elle était la vaillance même, Hélène les reconnaissait rien qu'au teint fané, aux traits plus creusés de son amie… Il est difficile de faire le bien.

— Qu'êtes-vous devenue depuis huit jours? demanda Minna. On ne vous voit plus.