Septembre était venu, avec son air plus vif, son ciel plus pâle, l'insensible décoloration des verdures. Les Pierron étaient là depuis une quinzaine, lorsqu'un après-midi le facteur apportait une lettre dont Hélène reconnut l'écriture, aperçue déjà sur un album d'Yvonne. Les superbes armoiries du comte Soulier cachetaient l'enveloppe. Elle la remettait elle-même à son grand-père. M. Pierron ne put dissimuler sa satisfaction. C'était la bonne nouvelle.
— Soulier annonce qu'il viendra dîner samedi à la Chesnaye, avec le réfractaire. Allons vite au château ; il faut prévenir ton oncle.
— Et Germaine! fit Hélène avec une nuance d'irrespect.
— C'est une idée, petite. Tu n'as qu'à m'accompagner. Tu sauras, mieux que moi, la préparer à ce grand bonheur qu'elle ne mérite pas.
— Vous êtes trop bon, continuait-elle.
Mais sa répugnance à tremper le moins du monde dans une négociation pareille cédait à la curiosité de savoir ce que sa cousine pouvait penser au juste. Elle suivit M. Pierron, ravi de l'heureux succès de sa diplomatie. Il avait conscience d'appliquer une fois de plus les infaillibles règles de la Morale mondaine. Qu'une telle conclusion fût tout bonnement l'adultère légalisé, l'idée ne lui en venait même pas une minute. Il s'en tenait à la convention des apparences, satisfait, avec le monde dans lequel il vivait, du mensonge de cet accord tacite, mille fois plus immoral pourtant qu'une franche rupture.
Mais Yvonne et Germaine étaient parties en yole. Ils ne trouvèrent que Pierre Arden qui conférait avec M. Dugast. L'ingénieur se levait justement, et comme Hélène, peu soucieuse d'assister à l'entretien de son grand-père et de son oncle, manifestait l'intention d'aller à la rencontre de ses cousines, au bord de l'eau, Arden, qui rejoignait le bac, fit route un instant avec elle. Ils longeaient les grandes pelouses, atteignaient la terrasse aux tilleuls. On apercevait de là la fuite du fleuve vers la Roche-Guyon, une ou deux petites îles dont le rideau d'arbres cachait en partie Moranges, et plus loin, dans la lumière claire, l'oasis verte d'Hautneuil, au pied de la falaise.
Leurs paroles bientôt tombèrent ; un silence qui ne leur causait pas de gêne, au lieu d'éloigner leurs pensées, les rapprochait.
Arden, au bout d'une minute, reprit :
— J'ai reçu hier des nouvelles de votre frère. Il va bien. L'usine est à moitié construite : elle fonctionnera bientôt.