Minna haussait les épaules sans répondre, et dans son furieux hochement de tête tenait toute sa révolte jamais lasse devant l'inégalité tyrannique et l'incurie des lois.
L'infortune de Denise lui fit songer à d'autres victimes et, par une association d'idées qui ne devait pas surprendre Hélène, elle lui jeta à brûle pourpoint :
— Simonin, Vernières!… Il y a des espèces d'assassinats qui ne relèvent pas des tribunaux.
Il y eut un court silence. Elle reprit :
— Je sais par madame Sassy que le petit Georges Leroy se conduit mal, à Rosay. Ses mauvais instincts dépaysés au début apparaissent. Il a volé diverses petites choses… Et voilà les fruits d'une enfance au ruisseau! Redressera-t-on jamais cette âme faussée?
Ni l'une ni l'autre n'avaient plus entendu parler de Vernières.
— Et Dormoy? demanda Minna. Que devient le galant chevalier? Andrée Vergnes m'a raconté à son sujet une bien bonne histoire. Les fameuses vingt mille livres de rente, ses allures de peintre riche, tout cela, c'est du vent. Il vivote de cinq cents francs par mois, son ménage tenu avec une féroce économie par cette horrible grosse femme, qui est à la fois son tourment et sa providence domestiques. L'argent des tableaux, d'ailleurs modique, file aux cravates flambantes et aux souliers vernis : tenue de rigueur pour opérer dans le monde.
— Vraiment? dit Hélène amusée.
— Oui, mais le torchon brûle. Il paraît que depuis le 14 juillet, Dormoy, cruellement déçu en voyant le ruban rouge lui échapper encore une fois, reproche à son crampon de lui avoir fait rater cette récompense « bien due!… Elle obstrue sa vie, elle tient trop de place!… » Et, tout sourire au dehors, le beau sire n'est chez lui que brutalité et furie.
— Je m'explique maintenant, dit Hélène, la cour avisée qu'il fait aux yeux bigles et au dos bossu de Rose Ythier. Elle est si riche! On parle d'un mariage prochain.