— Bonjour, mère Flénu, ça va chez vous?

La vieille branla le menton, une amertume révoltée dans ses yeux clairs.

— Non, ma bonne demoiselle. Mon fils, depuis votre départ, s'est cassé le bras ; la gangrène s'y est mise… A fallu le couper. Deux mois qu'il est infirme!… Si encore, ça lui était arrivé à l'usine, il aurait eu de l'argent, ben sûr. Mais, v'là notre chance! il est tombé chez nous, dans l'escalier.

Une sympathie douloureuse attendrit le regard d'Hélène. Quel malheur! Elle estimait cet honnête garçon dont le visage intelligent, l'extérieur plus distingué que celui de ses pareils l'intéressaient. Pourquoi était-ce cette existence besogneuse, subsistant au jour le jour, que venait frapper l'accident stupide?

La vieille continuait :

— C'est pas tout. Ma bru est accouchée hier soir, sur la route, en rentrant de l'usine. Pas le moyen de manquer une journée, faut manger! Et voulait-elle pas se relever ce matin? Avec sa fièvre!

Déjà Hélène traversait la cuisine, dont le dénuement, la propreté humble lui firent pitié. Elle grimpait l'escalier, entrait dans la chambre. Sur un lit de fer, blanche comme cire, Marthe Flénu somnolait. Près d'elle, dans une corbeille, un petit paquet de chair, informe et rougeaud, dormait aussi. Anxieux, le père assis les contemplait. Il se leva devant Hélène qui s'effraya de le voir si changé : pommettes creuses, barbe longue, sa manche vide repliée sur le moignon.

— Le médecin est-il venu? dit-elle.

Il répondit :

— Pas encore.