Il en roulait soigneusement une, dans son assiette, en la saupoudrant de sucre. Il ajouta :

— Il y a temps pour tout.

— Et cependant, les malheureux souffrent!

M. Pierron, avec flegme, déclara entre deux bouchées :

— C'est leur lot, ma fille ; et tous les socialismes auront beau faire, il y aura toujours des pauvres.

— Voyez-vous, dit malicieusement M. Dugast, cette petite qui veut changer le train du monde!

Mme Dugast, qui ne se mêlait jamais aux discussions, approuva d'un signe de tête. Qu'y faire? C'était ainsi. Le bruit discret du champagne qu'on débouchait fit diversion ; on but aux vingt et un ans d'Hélène.

IV

Tout l'après-midi, nerveuse, elle attendit, avec une appréhension mêlée du désir de l'affronter, l'entretien qu'elle devait avoir avec son père. Vers quatre heures, comme le docteur Hulin s'en allait, après une courte visite à la grand'mère Pierron, — (Et Marthe? — La pauvre femme, qu'il s'était empressé d'aller voir, avait le délire, était bien bas), — M. Dugast, du pas de la porte de son cabinet de travail, ouverte à deux battants sur le jardin, l'appelait :

— Hélène!