— Allons, dit M. Dugast soucieux, tu es libre, tu réfléchiras.
— C'est tout réfléchi, fit Hélène.
Il y eut un instant de silence et de gêne. Lèvres closes, les yeux rivés sur sa broderie, Mme Dugast, outrée, tirait point sur point.
M. Dugast, qui n'avait cessé de regarder sa fille avec une insistance pensive, lui dit paternellement :
— N'oublie pas que cet argent représente ta dot, c'est-à-dire moins ta sécurité en cas de non-mariage, — jolie comme tu es, j'écarte cette hypothèse, — que ta garantie mondaine et sociale, tes chances de devenir prochainement une bonne et honnête femme comme ta mère, de fonder à ton tour une famille.
— Je sais, dit Hélène avec vivacité. En France, on ne se marie que contre remboursement. Pas de dot, pas de fiancé! La question d'argent prime tout. On unit deux intérêts, rarement deux affections.
Mme Dugast releva la tête :
— Hélène, comme si tu ne savais pas que ton père m'a épousée pauvre!
— Oh! vous! protesta-t-elle dans un élan de cœur, vous êtes à part. La bonté de père, sa générosité, ton dévouement! Combien y a-t-il de ménages comme le vôtre? Vous êtes l'exception, vous confirmez la règle.
M. Dugast dit avec douceur :