Mme Dugast piquée déclara :
— C'est un homme du meilleur monde, parfaitement élevé, joli garçon. J'aurais cru même à certains signes qu'il ne te déplaisait pas et que tu l'aurais plus vite reconnu.
Hélène rougit un peu :
— M. de Vernières ne me déplaît pas, mais ce n'est pas une raison pour que je me décide à l'épouser. Que fait-il au juste? — Elle le savait oisif, riche, vaguement occupé d'affaires de Bourse. — Il faudrait d'abord le connaître. Récapitulons, il m'a vue quatre ou cinq fois.
— Qu'est-ce que cela prouve? dit Mme Dugast. Je n'ai eu, moi, que deux entrevues avec ton père. Tels étaient les mariages d'autrefois. On s'en remettait à ses parents du choix de son fiancé ; ils appréciaient les avantages, les convenances, les relations.
— Est-ce que ça réussissait toujours? fit Hélène.
M. Dugast lui-même sourit ; Mme Dugast répliqua, très digne :
— Regarde ta cousine Germaine, c'est moi qui ai fait ce mariage, qu'as-tu à lui reprocher? Du Marty est un vrai gentleman, Germaine est très heureuse.
— C'est possible, concéda Hélène, je n'en sais rien. Pour moi, je ne voudrais pas d'un mariage si rapidement conclu. Un tel acte, qui transforme une vie, ne doit pas être accompli à la légère. Je veux savoir qui j'épouse, l'étudier. Son passé, son présent, peuvent-ils me répondre de l'avenir? Pourquoi les hommes seuls jouissent-ils d'un pareil privilège? Pourquoi les femmes seraient-elles moins soucieuses d'une connaissance d'où dépend le bonheur de leur vie?
— Mon enfant! s'écria Mme Dugast alarmée.