Elle parlait avec une sincérité si convaincue, une inconscience si déroutante, qu'Hélène en fut blessée ; sa loyauté se révolta. Elle fut franche :

— Crois-tu donc que ta faute ne soit rien?

Germaine la contempla avec étonnement, comme si elle ne saisissait pas tout de suite ; puis désolée :

— Oh! si, si! je me repens amèrement. Mais tu ne comprends pas, tu ne peux pas comprendre, toi. Je n'étais pas libre, je ne m'appartenais pas…

A son tour, Hélène fut déconcertée.

— Tu ne t'appartenais pas! prononça-t-elle avec un sourire incrédule, presque méprisant.

Bien bas, Germaine murmura :

— Non, André… — et sans la regarder : — je te jure, je ne sais pas comment j'en suis venue là… André l'a voulu! — D'un ton pleurard elle ajouta : — Je me défendais, j'ai résisté longtemps…

— Oh! comme tu es lâche! fit Hélène. Tu n'as même pas le courage de ta mauvaise action. C'est André, dis-tu?… Et toi, est-ce que tu n'avais pas une volonté, une âme libre, pour te respecter et respecter les autres?

Et en même temps, cette faiblesse un peu vile la ramenait de la colère à la pitié. Elle revoyait Germaine en jupe courte, mollets bien pris dans les guêtres le jour de la partie de chasse, ses yeux brillants de champagne, puis la docilité avec laquelle elle s'était assise à côté d'André dans la charrette. Une grande tristesse la pénétra. Elle sentait tout cela si petit, si mesquin, si douloureux à voir! Elle étouffait dans la pièce sombre, ou le linge de corps de Germaine gisait sur des meubles, en désordre.