Elles longèrent un couloir vitré. Derrière son comptoir, un garçon de bureau attentif se levait :
— Ces dames désirent?
Puis reconnaissant Hélène, il s'exclamait d'une voix émue :
— Ah! mademoiselle!
Une expression de dévouement infini éclaira son visage. Avec son bras en écharpe et sa tenue décente, Flénu, par sa résignation, son air d'incurable tristesse, inspirait la compassion.
— Mon filleul va bien? demanda Hélène en souriant.
Et à travers les remerciements balbutiés du malheureux, elle revoyait la figure brûlante et blême, les yeux de souffrance de Marthe.
Une portière se souleva. Grande et forte, le front haut sous les cheveux gris, son regard clair lancé droit, Minna Herkaërt parut sur le seuil de son bureau. Empanachée d'un chapeau à plumes, une femme à bandeaux blonds et chair de cire prenait congé. Hélène d'un coup de coude la désignait à tante Édith : c'était Sophie Grœtz, la Viennoise prétentieuse et sensible qui harcelait tous les journaux féministes et l'Avenir en particulier de manuscrits souvent refusés, chroniques, romans et contes, où les hommes étaient invariablement des scélérats, les femmes des martyres. Mais déjà les trois amies étaient dans la petite pièce, Minna tenant la main d'Hélène et questionnant affectueusement du regard Mme Hopkins.
— J'ai reçu votre lettre, ma chérie, dit-elle à la jeune fille. Eh bien! je pense qu'il faut éviter le scandale à tout prix. Croyez-vous vraiment ce pauvre snob de Du Marty capable d'une vengeance pareille, si contraire aux habitudes? Et l'opinion?
Hélène hocha la tête : Un imbécile est capable de tout! Minna haussait les épaules :