Il se laissa tomber sur une chaise. Où étaient ses beaux principes de morale? Son visage exprimait maintenant la revanche haineuse, le plaisir de la vengeance satisfaite. Simonin se rengorgeait avec modestie. On faisait cercle, on les pressait de questions.

— Yvonne, dit M. Dugast revenu au sentiment des convenances, fais-moi le plaisir de nous laisser seuls une minute.

— Oh! protesta-t-elle suffoquée. J'en ai entendu bien d'autres!

Tante Portier, atteinte au vif, lui lança un regard scandalisé.

— Laisse-moi, si tu veux bien, le soin d'être juge en cette matière, prononça M. Dugast, avec une autorité prudhommesque.

Germaine, qui trépignait d'impatience, poussa Yvonne vers la porte, en lui glissant dans un baiser :

— Va, mais va donc! Je te raconterai tout.

— Eh bien? fit tante Portier.

— Nous sortons de chez le commissaire, commença M. Dugast. C'est un homme des plus intelligents. Il a conduit cela avec un tact! — A deux heures et demie, l'agent déniché par Simonin, — il se tourna vers celui-ci, — un oiseau rare! est arrivé tout joyeux nous prévenir. Pas une minute à perdre, monsieur mon gendre termine d'habitude ses visites à quatre heures moins le quart. Nous sautons en fiacre, avec le commissaire, deux agents dans la seconde voiture. Maudit fiacre! Un cheval qui ne marchait pas. Le commissaire avait beau me répéter, pour calmer mon inquiétude : « Croyez-en mon expérience, il vaut mieux ne pas arriver trop tôt. » Bref, nous voilà rue d'Amsterdam. Non, cette demi-heure passée à attendre dans le fiacre avec Simonin! Enfin, à quatre heures, notre monde descend. Ah! mes enfants! Quand j'ai vu l'air épanoui du commissaire, les figures amusées des deux agents, je me suis dit : « Dieu soit loué, il y a donc une justice! Les honnêtes gens finissent toujours par triompher. »

— Alors, reprit Mme Portier, dans un transport de rancune qui enfiella subitement sa ronde et grasse figure, nous allons lui apprendre à vivre, à ce malotru?