Bien d’autres conséquences, et plus que singulières, en ont résulté. Ainsi, l’ignorance exigée de la vierge, comme un témoignage de sa pureté : ignorance dont le but est de la livrer, non comme un être intelligent et libre, mais comme une bête docile à la salacité de l’homme et à ses tromperies sournoises par la suite ; ignorance qui ravale l’épouse au lieu de l’honorer, et la maintient en esclavage des sens, de l’âme et du cerveau.

Autre conséquence, d’une invraisemblable niaiserie, celle qui fait de la perte de la virginité une révélation idéale de l’amour. Rarement mensonge fut plus artificieux ; car mille femmes interrogées répondraient, si elles sont sincères, que, loin de leur être agréable, le premier contact avec la rudesse du mâle ne leur laissa qu’un dégoût étonné. Pénétrant analyste, Camille Mauclair l’a dit, et rien n’est plus vrai[2]. « Ce n’est pas dans cet obscur moment où, confuse et meurtrie, elle subit une sorte de meurtre intime, que la révélation transforme à jamais la femme, mais lorsque, longtemps après parfois, elle découvre la volupté, dont les lois, les circonstances, les causes sont si mystérieuses qu’elle l’ignore souvent avec un mari estimé, voire même aimé, et en reçoit le foudroyant éclair d’un amant d’aventure, d’un passant investi du don magique ».

[2] L’Amour Physique ; beau livre où, à côté d’« anticipations » d’une curieuse audace, figurent de durables pages sur la déformation de l’instinct sexuel, et des Étude d’une rare acuité sur la « Fille ».

Autre conséquence, et qui serait grotesque si elle ne s’avérait scandaleuse : l’exhibition de nos mariages à grand orchestre et costumes de gala, imposant à une foule grossière l’image en blanc du viol nocturne. Autre conséquence encore, l’âpre possession garrottant la femme dans le mariage, l’assimilant à un bien volé, la frappant des pénalités de l’adultère, dérisoires avec les vingt-cinq francs d’amende, tragiques avec le coup de couteau ou de revolver, excusés par le Code pénal.

C’est un fleuve d’encre qu’en ses annales aura fait couler le mythe virginal ; c’est aussi un fleuve de sang : amoureux frénétiques, maris jaloux, femmes égarées. Héréditaire et religieux, il trouble l’humanité. N’exorciserons-nous pas un jour ce décevant mirage ?

Une époque peut s’imaginer où l’homme cessera de voir, dans un simple empêchement à son étreinte, soit une nécessité gênante, soit un plaisir bestial. Une époque où les poètes, où les romanciers n’exalteront plus à force d’épithètes désordonnées la servitude du corps féminin. Une époque enfin où dans la virginité, dépossédée de sa religion et de son mystère, on ne verra plus qu’une fatalité organique sans intérêt, étrangère par elle-même à l’amour et aux fins de l’espèce.

LA MORALE SEXUELLE

Notre société laïque a une morale chrétienne : la morale sexuelle.

Il semblerait, à voir l’importance que celle-ci a prise, qu’elle soit la seule morale. Elle régente, en effet, le cours de l’opinion, la cote des valeurs privées ; elle se fait espion pour savoir si on la transgresse ; elle s’institue juge pour condamner celui ou celle, surtout celle, qui lui manque d’égards.

Vétilleuse et despotique, elle a tour à tour, et selon qu’on lui rend hommage d’hypocrisie, d’incroyables complaisances, ou, si on la brave par une loyale imprudence, des rigueurs sans merci.