La jeune fille, elle, arrivera au mariage peu ou point préparée, pour subir une révélation brutale qui souvent lui laissera un écœurement et une tenace rancune. En dehors du mariage, sa demi-ignorance l’expose aux dangers d’une séduction, avec ses suites honnies : l’enfant, l’abandon ; parfois, comme pour l’homme, des maladies non certes honteuses, mais d’une gravité redoutable.

Tous ces périls, une éducation franche les éviterait au moins en partie… et d’autres qui tiennent à la promiscuité des lycées et collèges.

S’il répugne aux parents de voir les éducateurs professionnels instruire les adolescents des lois vitales, que ne le font-ils eux-mêmes avec courage ; que n’en appellent-ils à la confiance de leurs fils et de leurs filles ? Ne se rappellent-ils donc plus leur propre jeunesse, leurs curiosités inquiètes, leurs recherches maladroites et leurs expériences désabusées ?

Sachons-le : c’est parce qu’un faux mystère entoure les impulsions du désir, que l’imagination se dérègle vers tant d’images louches et funestes ; alors que la lumière du vrai, à elle seule, dissiperait le maléfice des fantômes et des ombres.

LE MYTHE VIRGINAL

On sait quelle importance morale, sociale et religieuse a pris, de tout temps, ce fragile obstacle.

En vain des médecins illustres ne le considèrent-ils plus que comme une survivance physiologique sans utilité, et que le bistouri pourrait, non seulement sans inconvénient, mais avec avantage supprimer, parce qu’elle enclot de façon nuisible toute une flore microbienne. En vain le bon sens nous convainc-t-il de l’exagération du symbole attribué à la virginité. Une opinion vieille comme le monde persiste à en faire un principe tabou.

Deux idées foncières entretiennent cette inconcevable idolâtrie. La première sort de l’instinct barbare du mâle qui, à l’origine, vit là le signe d’une valeur intacte, la garantie que l’objet de son plaisir n’avait appartenu qu’à lui seul. Le progrès des idées et des mœurs aurait sans doute eu raison, à la longue, de cette conception rudimentaire. Mais le christianisme est venu y greffer la hantise du péché. Et cette seconde idée, flétrissant les organes de la vie et de la maternité, a donné une force exceptionnelle au mythe ancestral.

La virginité s’est parée, dès lors, d’une valeur mystique et idéale, est devenue le gage de l’extrême pureté ou le stigmate de la plus coupable transgression à l’ordre divin.

Tout un culte, toute une philosophie, tout un ensemble de doctrines et de coutumes se sont fondée sur cette obsession maladive de parties du corps réputées honteuses ; et, par un enchaînement inévitable, l’attrait du mystère s’est compliqué de toutes les aberrations imaginatives du désir et de son accomplissement clandestin.