Origines barbare, origines mystiques, rien de conforme à une humanité civilisée. Car, mal pour mal, le préjugé contre la fille-mère engendre beaucoup plus de plaies sociales — la mort ou l’abandon de l’enfant, la prostitution si fréquente pour la mère, que ne le ferait le libre jeu d’institutions et de coutumes assurant à la maternité, d’où qu’elle vînt, des soins matériels et des égards moraux, permettant à la jeune mère de nourrir son enfant devant tous, sans s’exposer au blâme ; car toute vie est sacrée, et celle de l’enfant surtout, précieuse pour ce qu’elle contient d’avenir.

C’est encore la Morale sexuelle qui, admettant cruellement le report, la succession des responsabilités, frappe du même coup, non seulement la mère coupable de légèreté, d’ignorance, d’imprudence ou parfois d’honnête confiance et de sincère amour, mais aussi l’enfant qui, lui, n’a pas demandé à naître, et envers qui rien ne justifie le discrédit injuste que l’on fera peser sur lui.

Car l’enfant est la première, la principale, la plus lamentable victime de cette Morale immorale, qui méconnaît les lois souveraines de la vie. En vérité, que peut-on lui reprocher, à lui ?

Avec les forces perdues qu’une Société comme la nôtre dédaigne ou proscrit, avec les misères matérielles ou morales que son pharisaïsme crée comme à plaisir, que d’énergies on pourrait utiliser pour le bien et le bonheur, non seulement des individus, mais de cette Société marâtre elle-même !

Il ne faut pas que la guerre, qui a tant détruit, soit suivie, après la paix, de nouvelles ruines. Notre intérêt sacré nous ordonnera de rebâtir, de ramener sur les champs de mort la fécondité. Toute femme qui donne un enfant à notre pays devra être tenue en estime et respect.

Il ne doit plus y avoir de filles-mères, mais, simplement, des mères. Mot magnifique par tout ce qu’il représente. Faisons-en un signe d’honneur, et non plus de déconsidération !

PÈRE DÉCLARÉ

Il a fallu arriver au début du XXe siècle, et perdre plus de vingt-cinq années en d’oiseuses discussions au Parlement et dans la Presse, pour voir aboutir enfin la généreuse proposition de Gustave Rivet et autoriser la recherche de la paternité.

Ce progrès est-il suffisant ?

Non.