En revanche, si la femme peut défendre en justice une cliente ou un client, elle est inapte à juger. Toute sa connaissance du droit ne lui permet pas de passer de la barre au tremplin du tribunal. Et quand a été créée la grande commission de révision du Code civil, on a vu cette iniquité : aucune femme ne venant s’asseoir à cette table d’hommes, d’hommes légiférant sur des femmes.

La femme peut être témoin dans les actes de l’état civil, mais elle n’a point qualité pour les dresser, les enregistrer, les prononcer. Elles ne sont ni secrétaires de mairie, ni adjointe.

Pour une à la Sorbonne, en est-il à l’Institut ? Certaines, dont le nom vient à l’esprit immédiatement, dépareraient-elles l’Académie française ? N’y tiendraient-elles pas avantageusement la place de tel ou tel ? Combien sont chevalières de la Légion d’honneur ? Combien ont la rosette ?

Ceci pour les titres officiels.

Au point de vue de sa capacité civile, n’est-il pas invraisemblable que la femme, en se mariant, abdique sa personnalité, et, au regard de son mari et de ses enfants, devienne la première servante de la maison ? N’est-il pas révoltant qu’elle soit, dans son ménage, sans pouvoir, sans argent, sans droits, dépossédée de son âme et de son corps ?

Au point de vue politique, son rôle est nul.

En vain, deux projets de loi ont-ils été déposés et demeurent enterrés sous la poussière et l’oubli ; l’un proposait d’admettre aux élections municipales, cantonales, législatives, les femmes célibataires, veuves et divorcées ; un autre, en 1906, plus libéral, appelait au vote les femmes mariées, mais restreignait leur voix aux élections des conseils municipaux, des conseils d’arrondissement et des conseils généraux.

En vain, le Conseil national des femmes organisait-il jadis un vaste pétitionnement, qui ralliait l’appui du Comité central de la Ligue des Droits de l’homme, soit 73.000 adhérents. La femme française, mineure en son foyer, reste mineure en l’État.

Mais, patience !

S’il est vrai que l’union fait la force, cette vérité servira surtout aux femmes, à leur merveilleux pouvoir d’action, de propagande. Les ruches se réveillent, les fourmilières s’agitent.