« Tous les enfants sont naturels ! » s’écrie une femme d’esprit et de cœur, dans une pièce célèbre. Ce n’est pas assez ! Tous devraient être légitimes !

On ne voit pas que la nature dispense la femme de souffrir moins de neuf mois, ni d’échapper aux tortures de l’accouchement, parce qu’elle met au monde un être en dehors du mariage ; on ne voit pas non plus que le nouveau-né diffère, par quelque infériorité physique ou morale, des enfants dits légitimes ; pas plus qu’on ne constate ces différences chez les enfants d’un second ou d’un troisième lit. Dès lors, pourquoi la Loi marque-t-elle de honte, dépouille-t-elle de sa part d’héritage, tient-elle à l’écart comme un mendiant ou un paria, l’enfant non-légitime ?

Toujours l’idée chrétienne, la Morale sexuelle ; avec sa morbide idée de souillure :

L’œuvre de chair ne désireras,

Qu’en mariage seulement.

Comme si c’était toujours humain toujours possible !

Et il y a aussi l’idée bourgeoise, indigne d’une Société laïque bien organisée, que le mariage est avant tout un contrat d’intérêts, une transmission régulière d’héritage aux enfants nés sous l’empire de ce contrat.

Comme si les autres n’étaient pas également fils et filles de leur père et mère ; comme si on pouvait, sans inhumanité, leur refuser leur place au soleil ; comme s’ils étaient eux, les innocents, responsables de cette tare fictive de leur naissance !

Ce n’était pas assez pour le Code de disqualifier l’enfant naturel. Il a osé identifier l’enfant adultérin, né d’un libre amour, avec l’enfant incestueux, né de rapports contre nature entre le père et la fille ou le fils et la mère !

Pour permettre la reconnaissance de l’enfant adultérin, il a fallu des années de discussion devant la Chambre et le Sénat, sous l’effort courageux du parti socialiste. Une loi plus humaine autorise en certains cas, grâce au mariage des parents, la légitimation de l’enfant adultérin, mais cette largesse est bien insuffisante, car très souvent, et malgré le désir des intéressés, le mariage reste impossible. Ce n’est donc pas le mariage des parents, leur vie ou leur mort en suspens qui doivent régler le sort des enfants : mais l’admission de fait de tous les nouveau-nés au titre d’enfant légitime.