Heureusement que la plupart des enfants ont un don d’illusion et une ignorance de la vie qui ouatent autour d’eux les contacts et leur permettent de croître sans trop de dépaysement et sans une sensation trop cruelle d’isolement. Voyez, sauf exceptions rares, avec quelle facilité l’enfant, s’il est encore petit, accepte et supporte la mort de l’un des siens ; voyez comme il se plie à la servitude souvent odieuse de l’école ou du lycée. Il faut se dire surtout que sa vie personnelle occupera bientôt de plus en plus son égoïsme ingénu. Une fois grand, l’adolescent le plus aimant, le plus aimé, se détache comme un fruit de l’arbre familial et fait sa propre destinée, souvent loin de ses parents.

Serait-il juste qu’au nom de souffrances provisoires, et rarement exceptionnelles de leurs enfants, les parents renoncent à leurs propres chances de se réserver pour plus tard une existence tolérable, sinon de bon heur par fait, du moins de malheur réduit ? L’humanité répond :

— Non.

CHINOISERIES DU DIVORCE

Cette histoire-là, c’est du Courteline, du bon, du très bon Courteline ! Ça a la simplicité d’une fable et l’infaillible rigueur d’un théorème. C’est moral et c’est absurde. C’est du comique éternel.

Il y avait une fois, — oh ! pas avant le déluge, avant-hier, simplement, — un brave homme désireux d’obtenir son divorce. Il était… (le mot est dans Molière). Il l’était, non imaginaire, mais réel. Sa douce moitié convolait en d’illicites noces et de frauduleux rendez-vous avec un amant enthousiaste, dans un de ces appartements garnis de façon modeste, mais suffisante, qui abritent le vice aimable.

Il voulait donc la pincer, au figuré s’entend, la pincer en flagrant-délit.

Rien de plus simple, pensez-vous. Erreur, erreur grave. Rien de plus compliqué, rien de plus difficile au contraire.

Vous n’ignorez pas que la loi n’intervient qu’à certaines heures, dites légales. Si bien qu’il suffit de remonter exactement sa montre et de s’assurer qu’elle ne retarde pas, pour ne se faire jamais prendre en contravention.

D’ailleurs, même pour une constatation en règle, le commissaire ne se laisse pas déranger si facilement. L’affirmation de l’intéressé ne lui suffit pas. Il faut qu’on lui présente des papiers paraphés : être… ce que vous savez, n’est ni une preuve ni une excuse. Il importe que le parquet, saisi de la plainte, ait mis en quelque sorte la Loi au service du mari, actionne valablement le commissaire.