Cette Société-là, si brillante soif sa façade, si vif l’élan qui l’anime, si chaud et si noble le sang qui a coulé à flots de ses veines ; cette Société, si glorieux soit son passé et si grand le spectacle qu’elle donne actuellement au Monde, cette Société-là n’est pas encore la Société idéale.

Je ne suis pas de ceux qui croient à l’absolu, mais au relatif. Si l’histoire démontre que le rayonnement d’un peuple, sa puissance et son éclat ne sont pas toujours nécessairement en rapport avec sa moralité, elle prouve aussi qu’aucune Association humaine ne peut vivre sans un certain nombre de vertus. La solidarité, l’organisation, l’altruisme sont de celles-là. La guerre, par l’admirable exemple de l’Union sacrée du Front, aura illuminé cette vérité. La guerre a révélé les splendides énergies en puissance de notre Société imparfaite. Le progrès va lentement, conquérant plus de bien-être, plus de justice. J’ai foi en cette vacillante, mais obstinée lumière.

De là, ces pages vouées à l’affranchissement de la Femme : notre mère, notre sœur, notre compagne, la mère de nos enfants ; de la Femme notre victime, notre alliée et, surtout, notre égale.

LA GUERRE ET LES FEMMES

Un immense mouvement est en train de s’accomplir, la guerre aura libéré la femme de sa servitude séculaire. Ce que ses revendications les plus légitimes, ce que la voix des féministes, ce que congrès et associations n’avaient pu obtenir, la nécessité l’a résolu.

Que l’homme y consente ou non, la guerre aura affranchi par centaines de mille les jeunes filles et les épouses de la tutelle tendre ou rude, mais toujours plus ou moins oppressive, de leur maître.

Ce n’est pas impunément que la femme aura dans les professions les plus diverses, et souvent plus adaptées à ses qualités qu’à celles de l’homme, témoigné de l’initiative, de la décision et une inlassable énergie. Que n’a-t-elle su être à quoi l’on ne s’attendait guère ! Combien de carrières et de métiers se sont-ils ouverts pour elle, où le mâle, absent, n’a pu la concurrencer ! Aux champs, aux usines, aux ouvroirs, aux hôpitaux, aux magasins, aux boutiques, dans les bureaux des innombrables administrations, la femme a su agir, commander, vaincre les difficultés, se débrouiller en un mot.


Et ce n’est là qu’un aspect de la question : l’aspect professionnel. La femme naguère réclamait des droits politiques. Après l’emploi qu’elle a fait de ses plus belles qualités, comment les lui refuser ? Ouvrière de la Cité en péril, qu’elle a aidé à sauver, il sera juste qu’elle y coopère demain comme électrice, après-demain — pourquoi pas — comme députée ou sénatrice ?

A côté de la loi du mâle, conçue au seul profit du mâle, elle fera coexister la loi de la femme ; et cette loi sera plus prévoyante, plus généreuse envers tous les opprimés et tous les faibles, plus consciente de la préservation de la race minée par l’alcoolisme et la dépopulation.