Enfin, par l’enchaînement inflexible des choses, la femme s’émancipe à un point de vue beaucoup plus grave : dans son être intime et profond, dans son essence même. Le contact de la douleur et des réalités physiques, pour beaucoup de femmes et de jeunes filles, dans les ambulances d’une part, de l’autre les complications aventureuses des événements, amours fortuites, maternités imprévues, abandons cruels, auront hâté, hâtent chaque jour pour les femmes « l’évolution sexuelle », selon le mot heureux du Dr E. Toulouse[1].
[1] L’Évolution sexuelle, livre emprunt du plus large et du plus généreux féminisme.
La guerre a déchiré le nuage blanc dont on entourait leur virginité ; trop de précisions brutales ont défloré l’oreille des jeunes filles. Elles n’accepteront plus qu’on leur impose le dogme d’une fausse ignorance. Créées pour l’amour et la fécondité, elles voudront qu’on les instruise des risques et des responsabilités de leur mission, la plus belle qui soit.
Après la guerre, beaucoup de vierges seront en surnombre, et leurs chances d’union régulière d’autant plus diminuées. Elles tiendront à conquérir leur indépendance par le travail, et, par leur courage à accepter, avec l’enfant de l’amour, leur droit à l’amour.
Les répercussions d’une telle guerre, avec ses catastrophes et ses misères, atténueront le préjugé contre la fille-mère ; les besoins de la repopulation grandiront le respect de la maternité, légale ou non.
La femme mariée, elle, consentira de moins en moins aux liens d’un mariage qui l’opprime et où elle est traitée en mineure, dépossédée de ses biens, privée de ses droits les plus légitimes de contrôle et d’éducation ; d’un mariage qui, malheureux, ne lui laisse que cette alternative : tromper son tyran ou courir les chances d’une rupture d’où elle sort amoindrie, parfois déconsidérée.
Un contrat plus souple et plus libre s’imposera. La morale publique, à la soupape d’échappement incongrue qu’est l’adultère, n’hésitera pas à préférer la porte silencieusement ouverte par le divorce, avec consentement mutuel et même volonté d’un seul.
Que ce soit dans l’ordre économique, politique ou individuel, la guerre, qui a bouleversé les valeurs anciennes, modifie de fond en comble les statuts de l’éternelle serve.